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Travail & Changement

N° 354, mars-avril 2014
Présentéisme : une autre face de l’épuisement professionnel

Le présentéisme, un concept à l'ébauche

Sociologues, psychologues, spécialistes du travail… ils sont peu nombreux à traiter du présentéisme, le sujet ne fait encore qu’émerger : on le défi nit, on cherche à établir des indicateurs, à le mesurer. Bref, en France, ce sont les premières études. Autant dire que les entreprises sont encore loin de s’être emparées du sujet.
Le point de vue de Gregor Bouville, maître de conférences en sciences de gestion, DRM - UMR CNRS 7088 - Equipe Management & Organisation, Université Paris-Dauphine – PSL, invité du Réseau Anact. Propos recueillis par Muriel Jaouën (journaliste) et Béatrice Sarazin.

 

Comment définissez-vous le présentéisme ?

Il existe trois grandes définitions. La première décrit le présentéisme comme la présence sur leur lieu de travail de salariés qui ne sont pas complètement en possession de leurs moyens, avec un niveau de concentration très faible. La deuxième associe le présentéisme au comportement d’un salarié allongeant excessivement sa présence sur son lieu de travail quand bien même son travail est terminé. Enfin, une troisième vision définit le présentéisme comme le comportement d’un salarié présent sur son lieu de travail alors que son état de santé justifierait une absence pour congé ordinaire de maladie. Pour ma part, c’est cette dernière définition que je retiens. Je parle de présentéisme contraint (par la peur de perdre son emploi, d’être réaffecté à un nouveau poste de travail, d’être confronté aux reproches des collègues ou du supérieur, de voir sa rémunération diminuer…).

 

Vous avez amorcé un travail de recherche sur la question du genre dans le présentéisme. Sur quelles données vous basez-vous ?

J’ai travaillé sur la base de l’enquête nationale Sumer de 2003 (qui ne comporte pas de mesure directe du présentéisme selon la définition que j’ai retenue) et plus précisément sur une question de l’enquête : « Quand vous êtes très fatigué(e) ou stressé(e) par votre travail, choisissez-vous de vous absenter de votre travail ? ». La réponse est à choisir entre « oui » et « non ». Il apparaît que les comportements de présentéisme, selon cet indicateur, concernent une majorité de salariés, tous sexes et catégories socioprofessionnelles confondus : 97,1 % des salariés déclarent en effet choisir de ne pas s’absenter lorsqu’ils sont très fatigués ou stressés par leur travail. Les écarts de comportement de présentéisme entre hommes et femmes sont très faibles et ce, quelle que soit la catégorie socioprofessionnelle. Autre fait intéressant : les femmes, toutes catégories socioprofessionnelles confondues, sont plus nombreuses que les hommes à déclarer choisir de prendre des médicaments lorsqu’elles sont très fatiguées ou stressées par leur travail (10,7 % contre 5,9 %).

 

Et au niveau des cadres ? Observez-vous un écart entre les hommes et les femmes ?

J’ai pu isoler quelques résultats intéressants concernant précisément les cadres. Pour y parvenir, j’ai mené une analyse complémentaire en croisant deux indicateurs : une donnée synthétique de la santé au travail (qui intègre la fatigue et le stress liés au travail, l’influence ressentie du travail sur la santé, les troubles d’insomnie liés au travail) et une mesure de l’absentéisme combinant durée et fréquence. A partir de ces deux paramètres, j’ai construit un indicateur du présentéisme qui permet d’isoler les salariés conjuguant santé au travail subjective très dégradée et absentéisme nul au cours des douze derniers mois précédant l’enquête. 10,7 % des salariés sont concernés. S’il n’existe pas de différence nette entre hommes et femmes au niveau de la population générale, je remarque que les hommes cadres sont très nettement concernés par le présentéisme, puisque 17,6 % d’entre eux déclarent avoir une santé au travail très dégradée tout en ne s’absentant pas au cours des douze derniers mois précédant l’enquête. Par contre, les femmes cadres se situent dans la moyenne. Ce fort présentéisme des hommes cadres pourrait s’expliquer par l’attachement aux normes d’assiduité associées à l’identité professionnelle des cadres masculins en France.

Contacts

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Assistante de formation continue

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veronique.furois@dauphine.fr 

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